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Analyser un bilan comptable

Comment structurer l'analyse du bilan comptable ?

 

Lorsque je suis en formation avec des chargés d’affaires banque spécialisés sur le marché des professionnels ou des agriculteurs je cherche à donner des clés pour permettre de réaliser une analyse financière pertinente. Prendre une décision positive d’octroi de crédit passe avant tout par une vérification de la capacité du client à faire face à ses échéances de crédit. A partir de la liasse fiscale de son client, le chargé d’affaires  doit interpréter les chiffres et il est nécessaire de posséder une méthodologie pour structurer son analyse et conforter sa prise de décision. 

 

Donc comment structurer son analyse financière, comment interpréter tous ces chiffres dans le but de valider la demande de financement de l’entreprise ? Nous préconisons de passer en revue 4 points d’étape qui vont nous permettre d’aboutir à une prise de décision rationnelle.

 

1°) En premier lieu se pose la question de la rentabilité : l’entreprise dégage-t-elle du revenu (EBE ou CAF) et en dégage-t-elle suffisamment ?Le compte de résultat qui mesure le niveau de résultat de l’entreprise est l’outil qui va nous permettre de répondre à cette première question. Un retraitement du compte de résultat est nécessaire car l’excédent brut d’exploitation (EBE) ou la capacité d’autofinancement (CAF) sont des grandeurs calculées car non déterminées par le compte de résultat. Ce niveau de revenu doit permettre de faire face aux échéances de crédit en cours, de payer les échéances sollicitées, d’assurer le prélèvement de l’entrepreneur individuel ou la rémunération des actionnaires et de conserver une marge de sécurité suffisante pour faire face aux aléas ou aux investissements. Le banquier peut aussi calculer des ratios (EBE/chiffre d’affaires ou Marge/chiffre d’affaires par exemple) qui permettent de situer l’entreprise face à d’autres entreprises d’activité et de taille comparable à condition de disposer de bases de références fiables. L’analyse des Soldes Intermédiaires de Gestion (SIG) va compléter l’analyse pour valider la construction du revenu de l’entreprise.

 

2°) S’assurer de la capacité de remboursement de l’entreprise est la première étape, mais le calcul se fera toujours avec des chiffres passés puisque le compte de résultat sur lequel s’appuie le banquier est le résultat de l’activité passée. Par extrapolation, le banquier accepte de projeter les résultats passés sur le futur. Néanmoins si l’entreprise venait à perdre de l’argent ou à avoir un niveau de revenus insuffisant au regard de ses engagements, cela remettrait-il en cause sa pérennité ? C’est la deuxième question de cette structuration de l’analyse financière, l’entreprise est-elle solvable ?A-t-elle la capacité de faire face à des pertes ? Pour répondre à cette question, l’analyse va se porter sur le niveau des capitaux propres de l’entreprises. En effet, ce sont bien les associés qui sont responsables des pertes de l’entreprise. Avoir un niveau de fonds propres suffisant permet donc de s’assurer de la solvabilité de l’entreprise. Il existe plusieurs manières de s’assurer d’un niveau de fonds propres suffisant. Celui qui est le plus utilisé dans le monde bancaire c’est le ratio capitaux propres/total du passif. Par expérience la communauté bancaire estime qu’un ratio minimum de 20 à 30% selon les professions est à exiger pour des affaires en régime de croisière.

 

3°) Une fois validées les capacités passées et futures de l’entreprise à faire face à ses engagements financiers, le banquier va chercher dans une troisième étape à vérifier que l’encours de crédit à moyen ou long terme est raisonnable. En régime de croisière, les engagements portés par une banque ne devraient pas être supérieurs à ceux pris par les associés. Une entreprise peut être rentable et solvable mais peut avoir un endettement qui est élevé aux yeux des prêteurs. Ce ratio mesure aussi la capacité d’endettement maximale théorique qu’une entreprise pourrait supporter. Un autre ratio qui est lui aussi très utilisé consiste à mesurer le niveau du revenu de l’entreprise (CAF en général) par rapport à son endettement. Cela revient à dire que si l’entreprise devait utiliser la totalité de son revenu pour payer son endettement en combien d’année pourrait-elle se désendetter ? Dans les normes bancaires habituelles un niveau de 3 à 4 années est souvent retenu. La combinaison de ces deux ratios mesure l’encours maximum de crédit supportable. Des retraitements spécifiques sont à prévoir si l’entreprise utilise beaucoup de crédit-bail enregistré hors bilan.

 

4°) Quel est l’état de la trésorerie est la dernière question que l’analyste banquier va se poser. Il convient de trouver l’origine du besoin de trésorerie. L’activité peut être responsable du besoin de trésorerie de l’entreprise. Par exemple une entreprise qui travaille en BtoB devra financer des délais de paiement plus important qu’une entreprise qui travaille en BtoC. Dans certains secteurs économiques (viticulture par exemple ou secteur de la construction), la longueur des cycles de production va générer des niveaux de stocks élevés. L’entreprise peut aussi avoir une structure de haut de bilan très déséquilibrée avec des fonds propres insuffisants (suite à des pertes par exemple) ou des modes de financement des investissements sans recours au crédit. Enfin la saisonnalité de l’activité (certains commerces, l’agriculture..) fait varier le niveau du besoin de trésorerie dans le temps et les valeurs inscrites au bilan vont dépendre de la date de clôture du bilan. Connaître l’origine du besoin de trésorerie permet au banquier de proposer des financements de crédit court terme adaptés au besoin de l’entreprise. Par exemple si cette origine vient d’un délai de paiement des clients assez long, l’offre de financement devra logiquement porter sur un financement du poste client (affacturage par exemple ou escompte dans certains cas). 

 

En synthèse, structurer son analyse financière en répondant à ces 4 questions (rentabilité, solvabilité, endettement et trésorerie) doit permettre au banquier de gagner du temps dans la lecture des documents financiers de son client et de bien appréhender le niveau de son risque de prêteur. D’autre part, la richesse des informations de la liasse fiscale offre aussi au banquier la possibilité de détecter des opportunités commerciales.